L’Islande était depuis longtemps tout en haut de ma liste, et 2016 était l’année où j’allais enfin y aller. J’y suis parti avec mon ami Romain, qui montait depuis le sud de la France pendant que j’arrivais depuis Berlin. C’était à la fois l’occasion de découvrir ce qui est devenu depuis mon endroit préféré au monde, et de retrouver un ami proche que je ne vois pas assez depuis mon installation en Allemagne.
On a décidé de faire tout le voyage en camping-car pour ne pas être prisonniers d’un planning dans un pays où la météo dicte tout, et aussi pour limiter le budget. Quand je dis camping-car, je veux dire un Renault Kangoo avec un matelas par terre, la seule option dans notre budget. Le confort était plutôt rudimentaire, mais ça a déclenché ma passion pour le van.
Je suis arrivé avant Romain, j’ai donc récupéré la voiture chez le loueur et j’avais un après-midi à moi avant d’aller le chercher à l’aéroport de Keflavík le soir. Je me suis baladé jusqu’au phare de Garður et j’ai passé quelques heures délicieuses au bord de la mer. J’ai récupéré Romain vers 21h30. Il faisait déjà nuit, donc je lui ai proposé de retourner au spot où j’avais passé l’après-midi : il y avait un grand parking en bord de mer et l’endroit semblait calme pour dormir. On arrive, on sort de la voiture, on lève les yeux, et quelque chose cloche. Le ciel bouge. Une légère teinte verte, et c’étaient clairement pas des nuages. Une idée me traverse l’esprit : je sors l’appareil, je le pointe vers le ciel pour une longue exposition, et mon intuition est immédiatement confirmée. Cinq minutes après notre arrivée, des aurores boréales étaient déjà là pour nous accueillir. Quel début.
Le lendemain matin, on s’est lancés sur la Ring Road. La route 1 fait le tour complet de l’île, environ 1320 km, et reste accessible à tous les véhicules, contrairement aux pistes des Highlands, qui demandent un 4×4. On l’a faite dans le sens horaire, ce qui, avec le recul, n’était pas le bon choix. J’y reviens plus loin. On a pris la direction du nord et on a avalé énormément de kilomètres d’un coup, à tel point qu’on a sauté les Westfjords sans même s’en apercevoir. Comme d’habitude, j’étais arrivé en Islande sans la moindre préparation, donc je n’avais aucune idée si ça valait le coup. Quand j’ai vu qu’on avait déjà dépassé l’embranchement, j’ai décidé de continuer parce que j’ai cette manie idiote de ne jamais faire demi-tour. Encore une mauvaise décision, comme la suite l’a montré. Le nord de l’île était spectaculaire. On avait l’impression qu’il n’y avait personne. Très peu de touristes, et ceux qu’on croisait étaient plutôt du genre aventurier ou backpacker, toujours des gens intéressants à qui parler.
Faire la Ring Road, c’est quelque chose. Sur le papier, c’est sans doute l’expérience la plus banale qu’on puisse vivre en Islande. Et pourtant c’est totalement génial. Tous les quelques kilomètres, on était stoppés net en pleine admiration : une cascade, un bout de côte spectaculaire, des prairies pleines de moutons qui n’avaient pas la moindre intention de se pousser pour les voitures. Cet endroit est dingue. On a vu des volcans, des lacs de cratère, des geysers, des centrales géothermiques, des champs de lave, des troupeaux de chevaux islandais. Ça ne s’arrête jamais.
Le sud de l’île avait une atmosphère bien différente. On est arrivés à Jökulsárlón, un lagon glaciaire où des blocs de glace se détachent et dérivent vers le rivage, jusqu’à venir s’échouer sur une plage de sable noir. Le contraste entre la glace blanche et le sable foncé, je n’avais jamais vu ça. Dans le lagon, des phoques communs nageaient avec leurs petits, parfaitement indifférents à ce qui les entourait.
L’endroit était incroyable, mais pour la première fois, on s’est retrouvés entourés de cars de touristes, gros contraste avec les dix premiers jours du voyage. On a continué vers l’ouest, en faisant halte sur la plage de sable noir de Vík, avant de rejoindre le Cercle d’Or, célèbre pour Þingvellir, le geyser Strokkur dans la vallée de Haukadalur, et la cascade de Gullfoss. Magnifique aussi, mais beaucoup plus dur à apprécier de la même manière vu la foule. C’est pour ça que j’aurais préféré faire la boucle dans l’autre sens : commencer dans la cohue et s’en éloigner peu à peu, terminer dans le calme.
Une fois revenu à l’aéroport, je me sentais plein de gratitude pour ce voyage. Il arrivait peu de temps après mon voyage aux États-Unis, et les deux ensemble ont vraiment allumé en moi l’envie de voyager et de découvrir le monde. Je sais que je reviendrai, parce que j’ai loupé beaucoup de choses. J’aimerais voir les Highlands et explorer les Westfjords. Les Highlands demandent un 4×4, ce qui ne colle pas vraiment avec un voyage à petit budget, mais un jour je trouverai le moyen.



















































































